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2009.11.23 09:11:23
Darshana Bhana

Jeremy Malcolm's picture Dimanche, 22/11/2009 - 13h14 - par Jeremy Malcolm de Consumers International

Cette semaine, Consumers International et le Projet Droit D'auteur et Accès au Savoir en Afrique (D2ASA) ont organisé un atelier de succès qui a examiné l'état global du droit d'auteur et de l'accès au savoir lors de la Réunion de 2009 des parties prenantes au Forum sur la gouvernance de l'Internet (FGI) des Nations Unies à Charm el-Cheikh, en Égypte. Dr. Bassem Awad de D2ASA, qui est également Juge en chef au Ministère de la Justice de l'Égypte, a animé l'atelier.


Lea Shaver de l'Information Society Projet de Yale University a été notre premier participant, et elle a parlé au sujet du but du droit d'auteur. Un point de vue populaire est que son objectif est d'optimiser les recettes pour les industries de droit d'auteur comme les éditeurs, les maisons de film et les vendeurs, ce qui se comprend par rapport aux organismes de réglementation comme une source de croissance et de devises étrangères. Mais, en fait, le but du droit d'auteur est d'encourager la créativité et la diffusion des œuvres créatives. Donc, le droit d'auteur ne doit pas être une subvention industrielle, mais plutôt un outil pour l'accès au savoir. Quand la loi sur le droit d'auteur empêche la créativité et l'accès, elle entrave le but du droit d'auteur.

Le point principal du Lea est donc que dans l'évaluation de droit d'auteur nos standards doivent être l'accès, un prix abordable et la participation. Nos outils afin de défendre ces valeurs peuvent se formuler en termes de la protection des consommateurs, du développement humain et du droit de l'homme. Le droit d'auteur détermine un prix abordable et l'accès parce que plus la portée des droits s'agrandit, plus le contrôle se centralise et moins la concurrence. Il détermine également la participation parce que sous le droit actuel, l'amateur qui veut construire sur les œuvres actuelles est désavantagé et il risque de déroger aux droits d'autrui.

Son deuxième point est que nous assistons à un changement dans l'économie de la diffusion du savoir.  Ce changement a massivement changé l'écosystème dans lequel voyagent les textes et les œuvres créatives. La distribution et le changement de support est maintenant beaucoup plus facile et moins cher qu'auparavant. Pourtant, la protection du droit d'auteur continue à augmenter, et l'augmentation ne peut être justifiée par la nécessité de plus de motivation à la créativité. Plutôt, il reflète le problème de la recherche de rente (« rent seeking » en anglais) (ou bien « l'effet Disney » - nommé pour l'extension de la durée du droit d'auteur pour éviter la perte par Disney de ses actifs de Mickey Mouse).

Toutefois, Lea a conclu en notant qu'il y a un contre-mouvement qui émerge des organisations qui cherchent à invoquer l'intérêt public dans l'accès au savoir. Ce mouvement s'est agrandi suite à l'adoption de l'Accord sur les ADPIC qui établie de nouvelles normes élevées de protection de la propriété intellectuelle globale. Il est dans ce contexte que l'on comprend l'importance de la recherche sur l'accès au savoir. En résumé, le droit d'auteur ne devrait pas simplement maximiser les motivations au détriment d'autres valeurs publiques.

Notre deuxième participante a été Dr. Perihan Abou Zeid de l'Université de Pharos, à Alexandrie en Égypte. Elle a présenté le projet D2ASA, qui étudie la relation entre le droit d'auteur et l'accès au savoir en ce qui concerne l'éducation et les ressources didactiques.  Le projet D2ASA se compose de 30 experts qui travaillent dans 8 pays : l'Ouganda, le Mozambique, l'Afrique du Sud, l'Égypte, le Maroc, le Ghana, le Sénégal et le Kenya.

La méthodologie du projet se compose de deux phases principales : une phase de recherche qui inclut la recherche doctrinale (juridique) et l'analyse quantitative (impacte), et une phase de dissémination et d'engagement à la politique. La première phase est maintenant terminée, et la dissémination est maintenant en cours, avec une présentation des résultats au Comité permanent du droit d'auteur et des droits connexes de l'OMPI (SCCR).

Dr. Abou Zeid a ensuite discuté de l'environnement d'accès au savoir en Égypte. L'Égypte est un pays de droit civil (qui reconnait donc les droits moraux et patrimoniaux), et elle est régie par la Loi sur le droit d'auteur de 2002. Sa portée pour les titulaires de droit est assez large. Il existe une exception du droit d'auteur et une disposition de licence obligatoire à des fins éducatives, mais l'apprentissage en ligne et l'enseignement à distance ne sont pas couverts par ces dispositions. Il existe une autre exception qui permet le photocopillage personnel, en adaptant le « triple test », mais plusieurs bibliothèques imposent leurs propres restrictions à part les exigences de la loi, et avec des mises en application variables.

Autres exceptions incluent la traduction de livres qui ne sont pas écrits en arabe, et la reproduction d'une seule copie par les bibliothèques et les archives sur demande ou à des fins d'archivage. Cependant, il n'existe aucune exception de handicap et, exceptionnellement, l'Égypte exige une licence même pour la reproduction des œuvres dans le domaine public.  De plus, il existe des dispositions contre le contournement, avec sanctions pénales.

La conclusion pertinente de Dr. Abou Zeid au Forum sur la gouvernance de l'Internet est que les TIC ne sont pas pour la technologie, mais qu'elles sont pour le savoir. Les TIC sont utilisées afin d'étendre la protection au savoir qui n'est pas encore protégé par le droit d'auteur. Il devrait donc avoir des exceptions et limitations aux MTP (mesures technologiques de protection), tout comme il en existe dans le droit d'auteur. Des amendements sont également nécessaires pour l'enseignement à distance, les TIC et les handicapés. Entre-temps, le chemin principal pour obtenir l'accès au savoir en Égypte est la non-mise en application du droit d'auteur !

Tobias Schonwetter de l'Université de Cape Town, Afrique du Sud, a ensuite pris la parole. Il a décrit la méthodologie du projet D2ASA, ce qui implique à la fois une étude de la législation et une revue de sources secondaires et des entrevues avec les parties prenantes. Les résultats de recherche impliquent 8 rapports de pays et rapports de politique, et un examen comparatif. Il y a deux documents d'information de l'OMPI, et des déclarations lus à haute voix à l'OMPI au sujet de la recherche du projet, ainsi que des chapitres de livre et des articles de revue. Il sera également bientôt un livre à paraître en 2010 sous licence Creative Commons.

Tobias et son équipe ont regardé le « South African Copyright Act » (la loi sur le droit d'auteur sud africaine) relatif aux questions telles que les œuvres orphelines, les exceptions de bibliothèque et archives, les droits moraux, des dispositions pour les handicapés sensoriels et des dispositions pour l'éducation à distance et l'enseignement en ligne. L'équipe a également recherché d'autres lois outre la loi sur le droit d'auteur qui ont des répercussions sur l'accès aux ressources didactiques, ainsi que la politique « FOSS » (logiciel gratuit et à code source ouvert) du gouvernement et des traités mondiaux et régionaux.

La loi sur le droit d'auteur en Afrique du Sud est une loi de 1978 qui ne prend pas en compte le nouvel environnement numérique. Le changement de support, par exemple, reste un acte illicite. Les exceptions et limitations sont rares, et il existe une incertitude quant à leur utilisation. Les dispositions contre le contournement figurent ailleurs dans la loi et peuvent, peut-être, annuler certains des exceptions que fournit la loi sur le droit d'auteur.

L'équipe a trouvé que l'environnement du droit d'auteur en Afrique du Sud ne maximise pas l'accès efficace aux ressources didactiques. Elle a fait des recommandations juridiques qui touchent à la question des œuvres orphelines et conseillent que la durée de protection du droit d'auteur ne doit pas être étendue de plus de ses 50 ans actuels. Il y a peu de jurisprudence en Afrique du Sud qui clarifie les ambiguïtés dans la loi, ce qui est une autre faiblesse. Bien qu'il existe un corps de littérature secondaire, les universitaires d'Afrique du Sud ne sont pas très actifs, avec la plupart de la littérature provenant des titulaires du droit d'auteur et des bibliothèques.

Tobias a conclu en évoquant brièvement la situation dans d'autres pays, qui ont une variété de différentes traditions juridiques, et plus ou moins d'exceptions. La plupart des pays accorde plus de protection aux titulaires de droit que requis le droit international. Aucun pays ne traite de l'éducation à distance et l'enseignement en ligne, et seulement un pays (l'Ouganda) traite les besoins des personnes handicapées. Il espère que la phase de diffusion aiderait d'autres projets à bâtir sur le travail de D2ASA.

Ensuite Jeremy Malcolm, le Coordinateur de projet pour Consumers International, a introduit les activités de recherche actuelles de Consumers International sur l'accès au savoir. Ses activités incluent la liste de surveillance de la propriété intellectuelle (« IP Watch List ») de 2009 et 2010, qui classent les lois du droit d'auteur de différents pays selon les besoins des consommateurs, une enquête de consommateur sur les barrières d'accès au savoir, et de la recherche national ciblée en Australie et en Israël qui étudie l'effet des limitations du droit d'auteur conviviales pour les consommateurs et exceptions, sur le bien-être général.

Les résultats de la liste de surveillance de la propriété intellectuelle de 2009 suggèrent que les plus grands problèmes de droit d'auteur dans le monde entier sont le manque de soutien de tous les pays de la créativité et le partage non commercial. L'enquête de consommateur a suggéré que les consommateurs paieraient pour une œuvre originale sous licence de droit d'auteur de meilleure qualité si l'œuvre était à prix raisonnable. Et les résultats provisoires de la recherche nationale suggèrent que des exceptions du droit d'auteur conviviales aux consommateurs peuvent augmenter le respect de la loi.

La conclusion générale de ces résultats de recherche est que les systèmes juridiques du monde entier ne sont pas au même niveau que les besoins des consommateurs quant à l'accès au savoir. La recherche suggère qu'un meilleur système juridique appuierait le partage et la réutilisation des ressources qui, à son tour, réduirait les coûts et augmenterait des ventes de ressources sous licence, et pourrait aussi augmenter le respect du consommateur de la loi en général.

Enfin, Pranesh Prakash du Centre pour l'Internet et la société à Bangalore a demandé pourquoi est-ce que nous parlons de l'accès au savoir ? Il a répondu qu'il affecte presque tous les domaines d'importance aux consommateurs -l'éducation, l'industrie, la sécurité alimentaire et la santé. On dit que la propriété intellectuelle est l'huile du XXIe siècle. En créant des barrières via la propriété intellectuelle, il existe moins de possibilités pour l'expansion de savoir. En Inde, il y a un nouvel amendement au droit d'auteur qui introduira la gestion des droits numériques (GDN), et qui criminalisera les pirates vidéo qui seront dans la même catégorie que des mauvais propriétaires, des trafiqueurs de drogues et des terroristes, y compris la détention préventive.

Un outil qui aide à changer la mentalité du public est la liste de surveillance de la propriété intellectuelle de Consumers International (« IP Watch List »), qui aide les décideurs politiques, les universitaires et les défenseurs comparer les meilleurs et les pires pratiques de différents pays.  Par exemple lors d'une session plus tôt au FGI, Carlos Afonso du Brésil l'avait utilisée afin de démontrer la faiblesse des lois du Brésil, dans la mesure où la liste de surveillance sur l'éducation donne le Brésil une note "F".

La liste de surveillance est publiée en réponse au « USTR Special 301 Report » (un rapport spécial du Représentant américain au Commerce), et elle aide les pays à repousser contre ce rapport, comme l'Israël et le Canada ont déjà fait. Quant à l'Inde, son gouvernement a indiqué que la propriété intellectuelle est importante, mais que le droit à la santé est encore plus important. Maintenant, même l'industrie indienne repousse contre le rapport spécial.

Pranesh a suggéré que le classement des pays doit être changé à l'avenir afin d'éviter de donner une note "A" à un pays tout simplement parce que le pays est « le meilleur pays de plusieurs mauvais pays », ce qui serait contre-productif. La liste de surveillance devrait aussi tenir en compte des possibilités inachevées pour agrandir l'accès au savoir. La dissémination aux décideurs politiques est aussi important, tout comme l'évaluation de l'impact.

Pranesh a conclu en observant que le droit d'auteur se caractérise comme un équilibre entre les intérêts de créateur et de consommateur, mais que cette rhétorique est mal placée. En fait, les créateurs bénéficient souvent de partage libre par les utilisateurs. Le savoir est une partie de la création, et non seulement le résultat de la création.  Il est donc important de répondre à l'expansionnisme de la propriété intellectuelle à l'aide de divers outils tels que la liberté d'expression, la loi sur la concurrence, la loi sur les consommateurs, et la loi sur la protection des renseignements personnels, comme il convient dans divers pays, afin de produire un changement de mentalité.

Pendant la période de questions, un membre du public de la Jordanie a demandé quelles sont les perspectives pour des pays comme le sien, qui ont récemment signé un accord de libre-échange (ALE) limitant la souveraineté sur les normes de protection de la propriété intellectuelle ?  Lea Shaver a noté que la Jordanie avait effectivement été obligée à signer cet accord, et que d'autres pays, notamment ceux avec des petites équipes de négociation ont besoin d'être très prudentes afin d'éviter le même sort.

Jeremy Malcolm a répondu que le laxisme de la mise en application en Jordanie est en fait l'un des rares points en faveur de l'accès au savoir de ce pays, comme en Égypte. Toutefois, Lea a souligné que l'Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA en anglais), une fois signé, augmenterait les normes globales d'application de la propriété intellectuelle, y compris la responsabilité pour les matériaux transmis par l'Internet. Ceci l'inquiète, parce qu'aucun algorithme d'ordinateur ne peut détecter l'usage loyal, et le résultat sera une restriction sur le partage légitime de savoir.

Pranesh Prakesh a noté que les pays dans la même position que la Jordanie doivent se rendre compte que des investissements direct à l'étranger ne sont pas toujours liés à une propriété intellectuelle plus forte - même des études de l'OCDE et de l'OMPI y montrent. Enfin, Tobias Schonwetter a déclaré qu'une fois un ALE est signé, il est difficile d'en sortir, mais il a prédit que peut-être une fois la mentalité actuelle se change, les deux pays peuvent renégocier.

Vous pouvez télécharger les diapositives en cliquant sur les noms dans le texte, et un enregistrement MP3 de l'atelier est également disponible.

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